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 Honteux, de mieux en mieux ! Attention à vos bananes

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violette



Féminin Nombre de messages : 7188
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Date d'inscription : 22/10/2005

MessageSujet: Honteux, de mieux en mieux ! Attention à vos bananes   Dim 08 Jan 2006, 12:13 pm

Guadeloupe
Une terre gorgée de poison
Interdit depuis 1993, le chlordécone fait toujours des ravages. Cet insecticide ultratoxique a contaminé les sols et les rivières de l'île, plongeant les agriculteurs dans la détresse économique.

Par Eliane PATRIARCA
vendredi 06 janvier 2006

(1) Le prénom a été modifié. (2) Igname, madère, manioc, patate douce, gingembre, carotte, navet... (3) 12 octobre 2002. (4) Snegaroff (Inra) et Kermarrec. (5) Cette entreprise de fonderie a fermé ses portes en 2003, laissant le site contaminé.

Basse Terre envoyée spéciale



Nicole (1) est endettée. Elle ne peut ni faire face aux factures, ni se reconvertir. Elle risque l'expulsion de son logement et s'inquiète pour l'avenir de son fils de 5 ans. Nicole, 37 ans, jeune agricultrice guadeloupéenne, est l'une des victimes de la contamination de l'île par le chlordécone. Aujourd'hui interdit, cet insecticide ultratoxique, utilisé contre le charançon du bananier, cancérogène probable et perturbateur endocrinien, a pourri pour des siècles les eaux et les terres antillaises.

En 1999, Nicole fait un emprunt pour acheter un terrain à Goyave, en Basse Terre. Sept hectares de semi-mangrove sur lesquels, en 2003, elle plante des madères. En 2004, elle fait analyser ses sols, comme le préconisent deux arrêtés préfectoraux à tout agriculteur désireux de produire des légumes racines ou des plantes à tubercules (2). Le couperet tombe : «Mes parcelles étaient contaminées. Mon terrain n'a jamais servi à la culture de bananes, mais il est situé en aval d'une bananeraie. Ce sont les eaux de ruissellement qui ont transporté le chlordécone.» Il lui est désormais interdit de vendre ses légumes. «J'ai dû laisser mes tonnes de madères en plan.» Depuis, le terrain est en friche et Nicole en galère. Pour ne pas craquer, la jeune agricultrice multiplie les courriers aux administrations, au préfet, à Jacques Chirac, à l'Union européenne...

La pollution des rivières guadeloupéennes a été décelée en 1999 par la direction départementale de la santé, mais c'est en 2002 seulement que scientifiques et autorités publiques saisissent l'ampleur du désastre. Cette année-là, se souvient Harry Durimel, avocat et porte-parole des Verts de Guadeloupe, un article paru dans Libération (3) révèle deux événements survenus quelques mois plus tôt. D'abord, en août, la découverte en Martinique, par la police, de plusieurs tonnes de chlordécone dans une bananeraie. Preuve que les planteurs ont continué à utiliser ce poison pourtant interdit depuis 1993. Dix jours plus tard, la douane saisit à Dunkerque une cargaison de patates douces en provenance de Martinique, toutes contaminées par le chlordécone. Preuve que l'insecticide, présent dans les sols antillais, a contaminé la chaîne alimentaire et peut se retrouver dans les assiettes, via les légumes cultivés dans la terre.

La préfecture de Guadeloupe met alors en place des analyses de sol préventives et interdit la culture des légumes-racines sur terrain contaminé. Sous la houlette du député martiniquais Philippe Edmond-Mariette (non inscrit), des parlementaires antillais obtiennent la création d'une mission d'information sur le chlordécone. Rendu public en juin 2005, leur rapport rencontre peu d'échos en métropole. Pourtant, les tribulations de l'insecticide aux Antilles se lisent comme un polar. Elles illustrent l'opacité qui caractérise l'homologation des produits phytosanitaires, et témoignent de l'influence d'une poignée de gros planteurs qui contrôlaient alors la filière antillaise de la banane.

Le chlordécone appartient à la première génération de pesticides, les organo-chlorés. Comme le DDT, le lindane, c'est l'un des «douze salopards», ces polluants organiques persistants qui sont une plaie pour la planète. Breveté aux Etats-Unis en 1952, le produit est vendu en 1958 par la société Dupont de Nemours sous le nom commercial de Kepone. Mais en 1975 c'est la catastrophe sur un site de production en Virginie. «Une pollution importante de l'environnement immédiat de l'usine, ainsi que des effets toxiques aigus sur les travailleurs (...) induisent la fermeture brutale du site», relatent les députés. Les autorités américaines interdisent le Kepone en 1976.

Pourtant, cinq ans plus tard, le produit va être réautorisé en France. Après le passage de deux cyclones, en 1979 et en 1980, les planteurs se disent démunis face à la prolifération du charançon. En 1981, le ministère de l'Agriculture accepte de le remettre sur le marché. C'est la société Laurent de Laguarigue qui a racheté le brevet de la molécule et la vend sous le nom de Curlone. Or Laguarigue est un gros planteur béké martiniquais, propriétaire de maisons d'exportation de bananes... Dans une interview donnée en août 2005 à l'hebdomadaire guadeloupéen Sept Magazine, Daniel Dollin, de la chambre d'agriculture, rappelle la puissance du lobby des gros planteurs: «[Ils] faisaient la pluie et le beau temps dans les groupements, les petits pouvaient juste se plier (...). C'était la belle époque de la banane, on avait un marché garanti en Martinique et en Guadeloupe, et l'objectif de chacun était de trouver les moyens pour conserver ses parts de marché malgré les intempéries.»

Angoisses et convulsions

Pourtant, la nocivité environnementale de l'insecticide est déjà établie. En 1977 et 1980, deux rapports scientifiques (4) avaient mis en évidence la pollution des rivières et des sols antillais, et la rémanence du produit. L'impact sur la santé humaine, lui, est mal connu. Sauf en cas d'exposition aiguë : les ouvriers de l'usine de Hopewell en Virginie ont souffert d'agitations, d'angoisses, de convulsions, de céphalées, de troubles hépatiques et de troubles de la spermatogenèse. On ignore en revanche l'effet d'une exposition chronique. Chez le rat, elle provoque des cancers, et endommage les organes reproducteurs. Mais aucune étude épidémiologique n'a été concluante chez l'homme. En 1979, la substance est néanmoins classée cancérogène probable par le Centre international de recherche contre le cancer.

Pourquoi la France prend-elle le risque d'autoriser ce produit ? A l'époque, rappelle la mission parlementaire, «les connaissances scientifiques étaient balbutiantes, l'attention portée aux potentiels effets néfastes des pesticides moins soutenue qu'aujourd'hui (...) et la notion de principe de précaution encore inconnue du droit».

Yves-Marie Cabidoche, chercheur de l'Inra en Guadeloupe, spécialiste de l'étude des sols, se souvient : «En 1981, (...) le chlordécone avait une réputation non usurpée d'efficacité. (...) La Guadeloupe avait essuyé plusieurs cyclones, le charançon proliférait. Les planteurs ont exercé une forte pression pour que ce produit soit disponible.» Il évoque aussi les rapports distants entre recherche, services de l'Etat et acteurs économiques. A l'époque, regrette-t-il, il existait pourtant des produits alternatifs, des organo-phosphorés dégradables, moins efficaces que le chlordécone mais qui auraient pu le remplacer.

L'Etat pénalement responsable ?

En 1989, la Commission d'étude de la toxicité des phytosanitaires préconise l'interdiction de l'insecticide, qu'elle juge «persistant, relativement toxique». Le ministère de l'Agriculture l'interdit en 1990. Mais les gros planteurs obtiennent deux dérogations : le produit sera utilisé jusqu'en 1993. La mission parlementaire émet les plus grandes réserves sur ces dérogations qui pourraient aujourd'hui engager la responsabilité pénale de l'Etat dans ce «Metaleurop agricole» (5).

Aujourd'hui, la Guadeloupe tente d'évaluer l'ampleur des dégâts. L'eau tout d'abord. En 1999, la Direction de la santé et du développement social (DSDS) de Guadeloupe sonne l'alerte : les rivières sont polluées, certains des points de captage d'eau potable aussi. Problème d'autant plus grave que c'est de Basse Terre, région des bananeraies, que proviennent 80 % des ressources en eau potable de la Guadeloupe. En 2000, des mesures sont prises : captages fermés, stations de traitement d'eau potable équipées de filtres à charbon pour retenir les pesticides. Selon l'Inspection générale de l'environnement, en 2005, les eaux destinées à la consommation sont exemptes de chlordécone à plus de 99 %. Reste que la population antillaise a ingéré durant des années une eau et des aliments pollués.

Quant aux sols, Grande Terre est épargnée mais Basse Terre est fortement contaminée. Yves-Marie Cabidoche, qui planche sur une cartographie des sols pollués, estime qu'au moins 4 000 hectares, soit un sixième de la surface agricole, sont très pollués. «Le chlordécone est une molécule hérissée de chlore qui présente une forte affinité pour les sols et ne montre aucun indice de dégradabilité. Il faudra des siècles pour que les eaux parviennent à le lessiver. L'insecticide, qui se dépose sur le sol comme une couche de vernis, s'est dispersé avec les labours en millions de copeaux dans une grande épaisseur de terre.» Et nul ne sait dépolluer ces sols dont l'usage est désormais très restreint. «On peut y faire encore de la banane ou de la canne à sucre, le transfert de l'insecticide de la terre aux arbres fruitiers n'ayant pas été observé.»

A la chambre d'agriculture, Sully Gabon dirige le service qui centralise les analyses de sols. Il est confronté à la détresse économique des cultivateurs. Aujourd'hui, il reçoit Claudius Virain, 26 ans, dont les trois parcelles dédiées aux patates douces et madères sont contaminées. «Notre prédécesseur sur le terrain avait fait de la banane durant neuf ans et utilisait du Curlone, comme tout le monde.» Le jeune homme cultive désormais des bananes «presque bio» et a réussi à dénicher des marchés locaux. «Je commence à m'en sortir mais j'ai perdu 11 000 euros.»

Un tiers des femmes enceintes contaminées

La Confédération paysanne et les syndicats affiliés aux Antilles réclament l'indemnisation par l'Etat des victimes. Mais le préjudice global est difficile à évaluer, les agriculteurs n'ayant pas tous fait procéder à l'analyse de leurs sols. En outre, la publication en octobre par l'Agence française de sécurité alimentaire de limites acceptables de chlordécone dans les produits les plus consommés, sans risque pour la santé des consommateurs, devrait permettre à certains agriculteurs dont les terres sont peu contaminées de continuer à travailler. Sully Gabon s'inquiète aussi de la santé des agriculteurs : «Normalement, pour épandre le chlordécone, on doit utiliser un appareil doseur qui se porte dans le dos et une petite lance avec système de dosage. Mais le plus souvent c'était un seau, et dans le meilleur des cas des gants ou un masque...»

Plusieurs études épidémiologiques, coordonnées par Luc Multignier, épidémiologiste de l'Inserm à Rennes, tentent de cerner l'impact sanitaire de l'exposition au chlordécone, et les éventuels liens de causalité avec certaines pathologies. «La première, fondée sur des analyses de sang, a confirmé qu'une importante fraction de la population ­ deux tiers des ouvriers agricoles et un tiers des femmes enceintes ­ est contaminée, explique-t-il. Ce n'est pas surprenant, puisque l'eau et les aliments sont pollués. Mais nous ignorons si ce niveau de contamination est dangereux.» Une étude menée en 2004 n'a pas trouvé de différences significatives entre la fertilité des ouvriers agricoles et celle d'une population témoin.

Deux autres études sont en cours : Timoun, qui piste les effets du chlordécone sur le développement intra-utérin et postnatal à partir du suivi de 1 200 grossesses et des sept premiers mois des bébés. Et Karu-Prostate, qui traque les liens avec le cancer de la prostate. «On observe en Guadeloupe un taux de prématurité et de mortalité périnatale deux fois plus élevé que celui de la métropole, et l'une des incidences de cancer de la prostate les plus élevées au monde, qui ne s'explique qu'en partie par l'origine ethnique de la population.» Les résultats de ces études ne sont pas attendus avant 2007. En attendant, les Guadeloupéens doivent se débrouiller avec leurs angoisses.



Retrouvez le MDRGF sur son site internet : WWW.MDRGF.ORG


MERCI DE FAIRE CONNAITRE CETTE LISTE AUPRES DE VOS CONTACTS.

M.D.R.G.F
Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures 92 rue de Richelieu, 75002 Paris Tel / Fax :01 45 79 07 59 Portable : 06 81 64 65 58 email : mdrgf@wanadoo.fr site : www.mdrgf.org

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MessageSujet: Re: Honteux, de mieux en mieux ! Attention à vos bananes   Dim 08 Jan 2006, 7:01 pm

et dire que je suis une grosse bananivore... Sad
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violette



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MessageSujet: Re: Honteux, de mieux en mieux ! Attention à vos bananes   Dim 08 Jan 2006, 7:09 pm

Oui moi aussi, va falloir que ça cesser leur conneries Embarassed;: (pardon pour le gros mot, mais des fois je )

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MessageSujet: Re: Honteux, de mieux en mieux ! Attention à vos bananes   Aujourd'hui à 8:47 am

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Honteux, de mieux en mieux ! Attention à vos bananes
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